Le logement, toujours un problème
Abitation » de Champlain à aujourd’hui
Le logement, toujours un problème
Comme l’écrivait le journaliste Louis-Guy Lemieux, dans Le Soleil du 23 janvier 2008, la priorité de Samuel de Champlain à son
arrivée à Québec était « de construire un grand logement pour mettre tout son monde à l’abri ». Quatre cents ans après la
construction de cette « Abitation », le problème du logement demeure entier à Québec comme dans le reste de la province.
Le logement est pourtant un droit fondamental, celui à « un lieu où l’on puisse vivre en sécurité dans la paix et dans la
dignité », comme le dit l’ONU.
Au Québec, ce droit continue d’être nié à des centaines de milliers de personnes et de familles. Beaucoup d’entre elles sont sans domicile fixe, sans l’assurance d’un toit stable et sécuritaire, dont un nombre croissant de femmes et de jeunes. D’autres, en bien plus grand nombre, engloutissent 30 %, 50 %, voire 80 % de leur revenu pour se loger et se demandent mois après mois ce qu’elles doivent prioriser : payer le loyer ou manger ? Plusieurs
vivent dans des appartements trop petits, de piètre qualité, dangereux pour leur santé et leur sécurité.
Les logements libres se font rares, de sorte que la location d’un appartement est une course à obstacles, surtout pour les ménages les plus susceptibles de vivre de la discrimination comme les familles avec enfants, les personnes assistées sociales ou les membres d’une minorité visible.
FRAPRU – Le FRAPRU, c’est le Front d’action populaire en réaménagement urbain, un regroupement national pour le droit au logement, qui fêtera ses trente ans à l’automne. – Le FRAPRU est formé de 127 groupes de toutes les régions du Québec, dont 12 de Québec même. Parmi ces derniers, on compte deux des plus vieux groupes communautaires de la Capitale nationale, soit le Comité des citoyens et citoyennes du quartier Saint-Sauveur et le Comité populaire Saint-Jean-Baptiste. Le Comité logement d’aide aux locataires de l’ouest de Québec en fait aussi partie. –
Site web : www.frapru.qc.ca – Courriel : frapru@cooptel.qc.ca
Que font les gouvernements ?
En mai 2006, un comité de l’ONU a demandé au Canada et aux provinces de « considérer la lutte contre le phénomène des
sans-abri et l’insuffisance de logements comme une situation d’urgence nationale ». Cette demande pressante a été réitérée
à l’automne 2007 par le Rapporteur spécial de l’ONU sur le droit au logement, au terme d’une mission d’observation au
Canada.
Pourtant, le gouvernement fédéral de Stephen Harper
continue de s’en laver les mains. Il n’a pas trouvé un
sou additionnel à mettre dans le logement social,
depuis son arrivée au pouvoir en janvier 2006, alors
qu il a engrangé des surplus budgétaires d’au moins
37 milliards $. Il a aussi augmenté le budget annuel
du Ministère de la Défense nationale de 37 % pour lui
permettre d’atteindre le niveau record de 18 milliards $
en 2008-2009.
Le gouvernement québécois de Jean Charest, lui,
continue d’investir année après année dans le logement
social, mais à un rythme nettement insuffisant. Pour le
moment, l’horizon du logement social se résume aux
2000 nouvelles unités annoncées dans le budget du 13 mars dernier. C’est bien peu par rapport aux besoins.
Un objectif : doubler le nombre de logements sociaux
La réalité actuelle le prouve : le marché privé de l’habitation est incapable de respecter le droit au logement pour toutes et tous. C’est pourquoi le logement social est si important.
C’est quoi du logement social? C’est du logement qui n’appartient à aucun intérêt privé et sur lequel personne ne peut faire de profit. Il en existe trois formes.
• Les HLM qui sont des logements publics s’adressant entièrement à des ménages à faible revenu. Aucun logement de ce type n’a été réalisé depuis 1994, alors que 42 000 ménages moisissent pourtant sur des listes d’attente à travers le Québec.
• Les coopératives d’habitation où les locataires gèrent collectivement leur propre habitat.
• Les logements gérés par des Organismes à but non lucratif (OBNL) où des bénévoles s’impliquent dans l’amélioration des conditions de logement de leur milieu.
Au Québec, tous ces logements ne représentent au total que 10 % de tous les logements locatifs. C’est très loin de la réalité vécue dans les pays européens où il compte pour 50 % et parfois même 60 % des logements en location.
La part du logement social doit être sérieusement augmentée. C’est pourquoi le FRAPRU réclame que le Québec se donne un grand objectif : celui de doubler dans un délai raisonnable le nombre de logements sociaux qui est présentement de 120 000. Un tel objectif implique un accroissement majeur des investissements des gouvernements tant fédéral que québécois. Il aurait cependant
des retombées encore plus signifi catives tant aux plans social qu’économique.
• Lors du recensement de 2006, 448 840 ménages
locataires consacraient plus que la norme de 30 % de
leur revenu au loyer au Québec, dont 203 085 qui y
engloutissaient plus de 50 %.
• Partout au Québec, les logements à louer sont rares.
À Québec, le taux d’appartements inoccupés, qui
devrait normalement être de 3 %, n’est que de 1,2 %.
Il chute à 0,9 % dans les logements pour familles.
• Au Québec, le loyer moyen a augmenté de près de
25 % entre 2000 et 2007. À Québec, un logement
de deux chambres à coucher se loue 641 $ par mois
contre 518 $ en 2000
• De plus en plus de ménages n’arrivent carrément
plus à payer le loyer. L’an dernier, 45 706 causes de
non-paiement de loyer pouvant entraîner l’éviction
des locataires ont été présentées à la Régie du logement.
C’est 6 000 de plus qu’en 2000.
• Dans les communautés autochtones du Québec, les
conditions d’habitation s’apparentent à celles du
tiers-monde : un logement sur trois est surpeuplé,
un sur cinq nécessite des rénovations majeures et un
sur dix est aux prises avec des problèmes sérieux de
moisissures.









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