Itinérants et marginaux au centre-ville, La chasse est ouverte !

Submitted by Libre et Autonome on Wed, 2008-09-24 10:38.
Location:
Montreal

Ce texte a été publié dans le premier numéro de Libre et Autonome durant l'été 2007. Je sais que ça date un peu mais je crois que certaines personnes peuvent trouver les infos intéressante :

Le début de l'été 2007 n'aura pas échappé à l'imigration de marginaux venus d'un peu partout pour passer la belle saison en ville jusqu'à ce que le temps se refroidisse. Cette affluence de nouvelles personnes qui viennent squatter l'espace urbain n'est cependant pas sans déplaire à certaines personnes, surtout qu'avant cette augmentation de l'été la présence des itinérants et des jeunes de la rue était déjà chez elles un sujet de plainte et de dégoût. Qui a déjà assisté à un conseil d'arrondissement au centre-ville comprend à quel point certains intérêts travaillent fort à l'élimination pur et simple de ce fait de société qu'est l'itinérance en préconisant une répression agressive et une sur-judiciarisation. Cette volonté de chasser une portion de la population de ses propres lieux de socialisation, d'habitation, de ressourcement, de travail, de sécurité... de les chasser de chez eux en définitive, évoque des horreurs historiques qui ''consternerait au plus au point'' ces messieurs qui votent et appliquent pourtant ces règlements. La farce est pitoyable mais les intérêts de quelque-uns pèsent si fort dans la balance que la situation continue sans cesse à empirer.

L'arme du ticket

Si les travailleuses du sexe furent les premières à êtres jetées hors de Ville-Marie, c'est maintenant au tour des jeunes de la rue et des itinérants, avec un ciblage marqué pour le punk à chien. L'outil principal dans cette guerre aux gens de la rue est le bon vieux ticket. Les contraventions pleuvent sur ceux qui dorment sur un banc de parc, traversent la rue au feu rouge, botchent une cigarette par terre... Infractions qui ciblent curieusement une frange précise de la population à telle point que la Commission des droits de la personne est maintenant penchée sur le dossier pour vérifier s'il n'y aurait pas en effet discrimination grave dans la remise des constats d'infractions. Cette discrimination est pourtant connue et vécue par de nombreuses personnes et ce depuis longtemps. Les groupes communautaires œuvrant auprès des populations marginales et itinérantes sonnent l'alarme depuis une éternité et s'entendent sur le fait que la situation se dégrade, surtout depuis les dix dernières années. Les résultats de ces mesures répressives ne pouvaient êtres qu'à l'image de l'absurdité de leur application : pour les seuls constats d'infraction, entre 2003 et 2005, des itinérants doivent plus de 3,3 millions de dollars en amendes et frais de non-paiement à la Ville de Montréal. Pour rendre la chose encore plus pathétique, ne sont pas comptabilisé tous ceux qui accumulent les tickets impayés depuis plus longtemps et l'analyse se base seulement sur les constats émis à des personnes ayant indiqué comme adresse celle d'un refuge, ce qui élimine tout ceux ayant fourni une adresse autre, réelle ou non, mais occupant quant même l'espace public. Le chiffre réel, auquel il faut ajouter les années 2006 et 2007, doit être assez impressionnant. La palme revient pour l'instant, dans le seul échantillon étudié, à un homme de 50 ans qui a reçu 216 tickets, dont 137 pour s'être couché sur un banc de la STM. Il doit 43 915 $ à la ville de Montréal pour ces deux années seulement et on imagine qu'il doit avoir un nombre impressionnant de contraventions pré-2003 et post-2005 qui s'ajouteront au montant. Est-il besoin de le spécifier, il n'a évidemment pas commencé à payer... il vit dans la rue criss !

Le yuppie, le touriste
et l'indésirable

Cette chasse aux plus pauvres et aux plus vulnérables n'est certainement pas innocente et répond à des valeurs précises, celles qui placent l'argent avant la vie humaine. Les résidents sont de plus en plus nombreux au centre-ville où se construisent comme des excroissances cancéreuses des condos à yuppies. Les proprios cherchent à maintenir le plus haut possible la valeur de leur acquisition et militent en ce sens pour que soit chasser tout ce qui peut ressembler à de la pauvreté et à de la déchéance, en commencant par les pauvres eux-mêmes. Et ça c'est sans oublier que les banlieusards ont la peur au cul quand ils voient un punk ou un gars saoûl qui parle à sa bière. Ils veulent faire du centre-ville, où ils ont poutant déménagés en toute connaissance de cause, un nouveau St-Lambert. Du moment où ils mettent la clé dans la serrure de leur nouveau logement, ils obtiennent un droit de cité dans le quartier que n'auront jamais des gens qui l'habitent pourtant depuis toujours. Un vrai remake de la colonisation avec un colon en bermudas pis un autochtone avec des percings en plus du mohawk. Le centre-ville n'est cependant pas qu'une pépinière à condos, il possède sur son territoire un nombre important de restos, bars et salles de spectacles. Les commerçants veulent à tout prix y attirer les touristes et font pour cette raison des pressions pour que soit cachée la misère humaine en exigeant que les itinérants et jeunes marginaux soient embarqués au plus vite et crissés out des environs. Comme l'a dit Michel Parazelli, professeur à l'UQAM et spécialiste des questions liées aux jeunes de la rue, Montréal achève un grand nettoyage parce que, bien sûr, " la pauvreté, la déchéance humaine, la décadence sociale, il faut éliminer ça avant que ne soit mis en place le Quartier des spectacles... " Ce qui est certain en tout cas, c'est qu'en voulant ainsi nettoyer les lieux on finit par rendre les places publiques complètement inhospitalières pour tout le monde !

Le défenseur des pleins de cash

Dans le palmares de ceux qui travaillent le plus fort à punir les itinérants pour leur condition de vie il faut nommer le fameux Benoît Labonté. Vous ne connaissez pas ? Cet individu exécrable et champion de la lutte aux plus démunis est maire de l'arrondissement Ville-Marie et se forge une réputation peu enviable de nettoyeur de la misère humaine. Déjà, à l'automne 2006, il avait fait adopter en catimini un règlement de fermeture de l'espace public où toutes places et espaces ouverts devaient êtres fermés, à l'image des parcs, à partir de minuit. C'est donc dire qu'il devient automatiquement illégal de dormir d'un bout à l'autre de l'arrondissement Ville-Marie à partir de cette heure et que les flics ont un outil de plus pour criminaliser les gens vivant dans la rue. Face aux tolés qu'une telle mesure avait soulevée parmi les groupes défenseurs des personnes marginales et itinérantes, Labonté avait convenu qu'à l'avenir il allait tenir informé la Commission des droits de la personne et les groupes communautaires des mesures qu'il envisageait prendre qui pourraient affecter la population itinérante. Résultat, le maire nous montre qu'il a menti effrontément et récidive le 5 juin de cette année en adoptant sans ménagement un règlement interdisant les chiens dans les deux lieux publics les plus fréquentés par les jeunes de la rue, le carré Viger et le carré Berri. Ce règlement ne concerne que ces deux endroits avec les personnes marginalisées comme cible première. Tout cela n'est pas innocent car pour plusieurs d'entre eux, leur chien est le seul être sur lequel ils peuvent compter et c'est leur sécurité la nuit où les attaques et les vols sont plus fréquents. C'est aussi souvent leur seule source d'affection et nombreux sont ceux qui s'occupent plus de leur animal que d'eux même. Tout ceci est donc encore une tactique supplémentaire pour les jeter en dehors de l'arrondissement. À la question selon laquelle en chassant les chiens on vise surtout à chasser leurs maîtres, Labonté répond que ce sont de "faux itinérants", "non montréalais", qui débarquent en ville chaque été et "usurpent les droits des citoyens". Des "trippeux" qui ne lui "tirent aucune larme" et qui doivent comprendre que "Ville-Marie n'est ni un terrain de camping ni un chenil". Estie de facho, au moins on connaît son vrai visage et on voit que pour lui les gens de la rue ne sont pas considérés comme des citoyens et qu'entre une personne itinérante démunie et un propriétaire de condo ou de resto plein de cash c'est le dernier qui est à plaindre car il est usurpé dans ces droits. Il faut vraiment avoir un esprit malsain et être vicieux en tabarnak pour fesser sur les plus vulnérables en les accusant de prendre en otage les plus privilégiés de la société. Et dire qu'il n'y a pas si longtemps des antisémites ne se gênaient pas pour poser des affiches "Interdit aux juifs et aux chiens" dans certains lieux publics. Comme quoi les faces changent mais les mentalités restent les mêmes !

Les vrais résultats
de la répression

On s'entend depuis longtemps dans les milieux communautaire et de la recherche sur le fait que la répression ne résout rien. Concernant le centre-ville, les jeunes de la rue ne vont pas disparaître parce qu'on essait de les chasser, au mieux ils vont trouver refuge ailleurs. Mais comme le dit si bien Labonté quand on lui demande s'il n'y a pas un risque que les jeunes de la rue et leurs chiens se retrouvent au Parc Lafontaine ou au Carré St-Louis : "Ça ne relève pas de Ville-Marie". Et hop ! On déplace le problème ni vu ni connu et just too bad pour ceux que ça fait chier. Mais en plus d'être totalement inutile, toute cette stigmatisation n'est pas sans avoir des effets négatifs sur ceux qui la subissent. Les effets de la fermeture pure et simple de l'espace public aux personnes marginalisées ont en effet des conséquences graves sur les conditions de vie de ces dernières, ce que l'arrondissement n'est pas sans savoir tout en continuant d'hypothèquer à coup de contravention et d'incarcération l'avenir de personnes déjà fragilisées par la vie. Juste le ton employé par les décideurs, comme Benoit Labonté quand il parle des "trippeux" et des "faux itinérants" contre qui il faut faire appliquer des lois musclées pour restreindre la présence, alimente les préjugés dans la population, renforce l'intolérance et le sentiment d'insécurité des “bons citoyens” qui seront d'autant plus rapide à déguainer le téléphone pour appeler la police si des jeunes itinérants traînent près de chez eux. Cette paranoïa, qui est entretenue auprès de la population, est en fait un nuage de fumée qui ne correspond en rien à la réalité. Céline Bellot, professeure à l'École de service social à l'Université de Montréal et auteure de la recherche que j'ai mentionné plus haut sur les tickets donnés aux itinérants entre 2003 et 2005, remet habilement en question cette idée d'insécurité des résidants qui est sans cesse exploitée par la police et les élus municipaux en mentionnant que la Ville "semble très préocuppée par les problèmes de sécurité, pourtant virtuels, des passants qui ont un toit, alors qu'elle néglige, à l'inverse, les dangers réels de la vie des jeunes qui, chassés de places ouvertes et visibles, sont de plus en plus relégués à de sombres ruelles". Et que dire des pluies de contraventions qui ne font que grossir le problème de la judiciarisation avec son lot d'effet néfastes : emprisonnement, dettes judiciaires, déplacements, sentiments d'injustice, coupure dans la relation d'aide établie avec un organisme communautaire, etc. Et ce qui est le plus dommagable avec cette spirale des tickets c'est qu'il peut y avoir des délais de deux à quatre ans avant que le dossier ne se rendent au bout du processus et que cela rattrape souvent le monde au moment où ils se sont sortis de la rue.

Un métro pas pour
tout le monde

La nouvelle Mecque du ticket est depuis quelques années située dans le métro de Montréal où les agents s'en donnent à cœur joie. Selon l'étude déjà mentionnée sur les constats émis aux personnes itinérantes entre 2003 et 2005, ceux donnés dans le métro compte pour 60% de l'ensemble. Cela représente un peu plus de 2 des 3 millions $ que doivent les itinérants en contraventions impayées à la Ville de Montréal. Le nombre a en fait bondi de 225% entre 2003 et 2004 et la forte majorité des infractions reprochées continuent de l'être pour l'unique présence dans l'espace public des personnes marginalisées et pour ébrieté publique. On reproche le plus souvent de s'être "couché ou étendu sur un banc ou le plancher d'un véhicule" suivi à égalité par le passage impayé, et le fait de "gêner ou entraver la libre circulation en s'immobilisant ou rôdant". La porte-parole de la STM, Isabelle A. Tremblay, signalait cependant pour se défendre que les agents du métro font souvent preuve de tolérence par période de grands froids et qu'ils avertissent avant de sévir. Ou bien elle est incompétente ou bien c'est une sale menteuse parce que les données de l'étude sur les contraventions émises aux itinérants indiquent clairement que c'est dans les périodes de grands froids et quand il neige qu'il se donne le plus de contraventions. Et dire que les flics sont maintenant intégrés à la "sécurité" du métro, estie qu'on est pas sortie du bois !

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L'été 2007 semble en passe d'égaler les pires records de répression dans le centre-ville et rien ne nous porte à croire que cela pourrait s'améliorer. La brutalité policière bas son plein et nombreux sont ceux qui doivent subir les assauts des cochons du poste 21 et 22 dans les ruelles pas trop fréquentées du quartier. À quand la fin de ces mesures absurdes et irresponsables qui consistent à faire d'une frange de la population les boucs emmissaires des inégalités sociales causées par le capitalisme? Est-ce si aberrant de considérer que les personnes itinérantes sont des individus à part entière et que l'espace public appartient à tous et à chacun, à plus forte raison à ceux qui n'ont d'autres endroits où aller?

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Comments

Pianoman on 2008.10.03

En t'en que chanteur itinérant: C'est assez simple de comprendre qu'un gars comme moi, n'a pas appris à chanter pour ce caché!

Me caché, biensûre, je dois le faire aussi. Le temps de me reposer et de voire claire avant de repartir. Pour ce, je paye un logement tout les moins depuis un bon moment.

J'y dors la plus par du temps.

Oui ce logement n'est pas à Montréal! Suis-je un faux itinérant pour autant? La vlle de Montréal m'a démontré que je suis un vagabond! Et alors! Cela ne serait pas un problème pour moi si cela n'avait pas une signification criminelle pour quelques citoyens bourgois ou trop sensible dans leurs sécurités: Qui sont près à tout ou presque pour faire bougé le genre d'individu que je représente et d'on je suis.

De plus car j'ai un logement et qu'il n'est pas en ville. Je vous assure que je n'ai pas besoin de beaucoup pour me retrouvé dans le colimateur des policier moi-même!

J'ai plusieurs billets en souffrances. Que dois-je faire?

J'ai déjà fait une faillite personnel et je survie avec une assistance de dernier recour du gouvernement! Pour les policiers ou leurs directeurs cela n'est qu'une raison supplémentaire de vous demandez vos papiers d'identité et quand cela arrive:
C'est tout simplement pour vous donné d'autres billets d'infractions.

Comme j'ai bien compris le message! Je ne voyage plus avec mes papiers dans je suis à Montréal!

Je me demande comment cela va ce déterrioré encore!
Si cela peut s'amélioré? Comment?

Pour l'instant les billets sont réel et bien que j'en ai payé déjà lors d'un héritage, à la mort de ma mère! Qui était elle- même une chanteur à revenu précaire.

Aujourd'hui, j'en ai plus encore et les intérêts montent. On m'en rajoute même et moi je continu de payé mon loyer et à me nourrir avec un chèque qui ne me permet de faire plus!

Être malade avec des soins c'a va. Être malade d'une maladie invisible d'on la médecine moderne n'a pas réelemenet de traitement c'est autre chose!

8-) best wich for hope faith and courage !

Pianoman on 2008.10.11

Je suis encore là! Malgré tout. Merci.

8-) best wich for hope faith and courage !

Libre et Autonome on 2008.10.30

Ta situation démontre bien comment on traite les gens qui choisissent de suivre leur propre chemain dans la vie. Des tickets parce que tu fais de la musique dans la rue et ainsi donne un peu de vie et de joie dans une ville souvent grise et déprimante. Criss on devrait plutôt te remercier et t'offrir l'espace pour pratiquer ton art sans te faire écoeurer. C'est bien d'avoir un appart où dormir à l'extérieur de la ville mais on peut souvent s'y sentir isoler et c'est pourquoi la ville devient vite un endroit de socialisation où on peut parler avec les gens, faire découvrir sa musique et s'inspirer de tout ou de rien. Bonne chance mon chum et lâche pas !

Pour tes tickets je te suggère ceci :

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